L’escalier et la ténèbre

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Yahvé précédait les israélites le jour sous la forme d’une colonne de nuée (ténèbres) pour leur indiquer la route, et la nuit sous la forme d‘une colonne de feu pour les éclairer. Ainsi, ils pouvaient poursuivre leur marche jour et nuit. (Exode 13, 21-22.)

Où t’es-tu caché, mon bien aimé ?

DANS l’oraison, il arrive que Dieu se cache. En fait, il ne se cache pas, mais c’est l’impression que ressent l’âme. Pourquoi? Parce qu’il appelle à une hauteur plus élevée l’âme qui est assidue à l’oraison et qui se pénètre de la doctrine de saint Jean de la Croix. Ainsi, l’orant dont on parle ici, doit demander de connaître « l’attention amoureuse à Dieu » puis « la connaissance générale obscure » et, si possible, aller plus loin dans la ténèbre divine.

LE dictionnaire Larousse définit un esca- lier en ces termes: « ensemble de marches échelonnées qui permettent d’accéder à un autre niveau ». L’âme, par sa vie de prière, va donc monter l’escalier, qui mène à l’union à Dieu, mais ce sera une montée dans l’obscurité de la foi, qui entraîne la perception d’un Dieu qui semble se cacher. Si l’âme dans la ténèbre tient bon, elle en sortira avec un plus, car elle a monté la marche qui était devant elle, d’un degré plus grand d’élévation et donc de lumière. Et puis, à nouveau, elle tombera dans la ténèbre, car il lui faudra monter une nouvelle marche. Si elle tient bon, elle en sortira avec encore un plus de lumière et puis à nouveau la ténèbre et des épreuves et ainsi de suite dans la vie de prière, car c’est la ténèbre qui fait monter, progresser. La ténèbre c’est Dieu qui fait avancer. La ténèbre devient lumineuse.

« Nous disons du grand Moïse qu’il n’arrête nulle part son ascension et ne propose de limite à son mouvement vers les hauteurs, mais qu’ayant une fois mis le pied a l’échelle sur laquelle Dieu se tenait (Genèse 28, 12) comme dit Jacob, il ne cesse de monter à l’échelon supérieur, continuant toujours de s’élever, parce que chaque marche qu’il occupe dans la hauteur débouche sur un au-delà ». (Grégoire Le Grand, Vie de Moïse, cité par Ysabel de Andia, L’Union à Dieu, selon Denys, p. 325). Nous ne contemplons Dieu, d’après notre mode naturel de connaître, que dans le miroir du créé et en employant l’analogie. Il est nécessaire de voir disparaître les faibles images empruntées aux créatures et appliquées aux réalités surnaturelles. C’est alors que, dit Denys, le grand, le divin Denys, Denys l’Aréopagite, Il viendra délivrer l’âme du monde sensible et du monde intelligible. L’âme entrera alors dans la mystérieuse obscurité d’une sainte ignorance, d’une sublime ignorance

LES deux images que nous avons commentées – l’escalier et la ténèbre – nous indiquent que « celui qui a fait de la ténèbre sa retraite » veut nous élever toujours plus haut par des rayons de lumière issus de « celui qui tout en étant cause de tout est au-delà de tout. » (Denys, Épitre 5). Détourne-les, détourne-les tes yeux, mon bien aimé! Saint Jean de la Croix, Cantique spirituel. André Gozier o.s.b. Abbaye Sainte Marie de Paris

* La Bulle de 1590 de Sixte V dit: « […] nous avons voulu placer la Scala Sancta auprès de cette insigne et très antique […] Chapelle qui s’appelle depuis les premiers temps de l’Église croissante […] le Sancta Sanctorum […] afin que ceux qui monteront à genoux en priant […] n’aient rien qui les distraie […] de la vénération de la Divine Majesté […] en n’ayant devant leurs yeux […] que l’image auguste du Saint Sauveur qui a été vénérée religieusement depuis des temps très reculés par nos anciens Pères. » (Tr. de la r.)

L’échelle de Jacob. Histoire de la vie de saint Bernard. Enluminure d’un manuscrit. La joie de l’espérance.

Au sommet des marches de l’escalier du Palais de Pilate, le Christ torturé fut exhibé à la foule. Ecce Homo. Toscane, XIVe s.

Jésus, en gravissant et en descendant ces marches dans la ténèbre du Jeudi, a récapitulé en lui-même la parabole de l’échelle de Jacob. L’insondable signification spirituelle de ce lieu sacré, la Scala Sancta, a été marquée par l’indulgence accordée dès le début du IVe s. par le pape saint Sylvestre Ier, à la demande de sainte Hélène, à ceux qui l’adorent dans l’endroit même où il a mis ses pas: « adoremus ad scabellum pedum eius », verset du Ps. que récitait en montant le grand pape bé- nédictin saint Grégoire VII. De même que saint Anselme de Cantorbéry o.s.b., abbé du Bec (1033-1109), saint Grégoire Ier le Grand, le premier pape bénédictin, avait une extraordinaire dé- votion pour la Scala Sancta. Il fut le premier pape à confirmer, en 590, l’indulgence de saint Sylvestre Ier

À Jérusalem, l’escalier conduisait à l’endroit où siégeait Pilate. À Rome, Sixte V le disposa pour qu’il débouche sur la Chapelle privée * dans laquelle les anciens papes, dont saint Grégoire le Grand, avaient déposé les reliques les plus précieuses des origines du christianisme; pour cela elle fut appelée de toute antiquité le Sancta Sanctorum. ¶ L’antique icône du Saint Sauveur dite Achéropite (non faite de main d’homme) surmonte l’autel de la Chapelle. Le pape Innocent III, élu en 1198, la fit recouvrir d’argent doré, un habit de lumière pour le Christ, lumen de lumine, lumière vers laquelle monte à genoux le pèlerin pénitent.

Un autre grand pape bénédictin, le bienheureux UrbainV, Guillaume de Grimoüard o.s.b., ancien abbé de Saint-Germain d’Auxerre et de Saint-Victor de Marseille, lorsqu’il séjourna à Rome pour essayer d’y rétablir la papauté, restaura ces lieux sacrés. En 1370, il fit transporter les crânes de saint Pierre et de saint Paul du Sancta Sanctorum à la Basilique contiguë de Saint Jean de Latran, où on les vénère aujourd’hui.

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